Façons de lire, raisons d’écrire Par Julio Olaciregui

Publié le par VERICUETOS23

                      

 « J’ai toujours une idée en l’âme et certaine image trouble – qui me présente comme un songe une meilleure façon que celle que j’ai mise en besogne, mais je ne la puis saisir et exploiter » Montaigne

 

 

Pour raconter comment j’ai écrit la nouvelle Los tejemanejes del Conde Mosca, qui fait partie de l’anthologie Cuentos colombianos del siglo XXI, publiée à Paris en 2005 grâce à Christiane Laffite, professeur à la Sorbonne, je me permettrai des indiscrétions abstraites, tel un cuisinier qui parlerai de ses salades !

 

A cette époque, aux anneés quatre-vingt-dix, je me trouvais dans la ville italienne de Bologne pour des raisons de travail –j’étais chroniqueur au service sport de l’AFP, je devais écrire sur les matchs de la Coupe mondial de football Italia-90 où la Colombie jouait…

 

- « la patrie c’est l’enfance, on dit, le mythe de l’Etat se cache derrière un drapeau, une bannière, l’état-nation-tri-couleurs, nous c’est jaune, bleu, rouge, et quand on était petits on disait « amarillo, azul y rojo, la bandera tiene piojos », « ta marraine est la pouilleuse ! »

« je rajoute le vert des forêts émeraudes, le marron des singes hurleurs, et le blanc des noix de coco… »

 

Le soir, en rentrant à l’hôtel, je me délassais en lisant « La chartreuse de Parme », de Stendhal ;

après des études de lettres modernes et de littérature comparée à la Fac de Censier-Paris III, j’avais trouvé du travail comme journaliste dans le service espagnol de l’agence France Presse, où quatre-vingt cinq pour cent de notre temps, au fil des jours, nous le passions à traduire des dépêches du français et de l’anglais vers l’espagnol – et …parfois nous quittions le bureau pour des missions, comme celle de suivre le championant mondial de football… ou une autre fois, par exemple, à Londres, alors que j’étais revenu au service général, pour « couvrir », comme on dit, l’arrestation du dictateur chilien Auguste Pinochet à Londres…

 

Je ne sais pas bien redire combien d’années s’étaient écoulées depuis ce 11 septembre 1973 à Santiago de Chile où Pinochet et ses alliés ont écrasé le gouvernement légitime du médecin socialiste Salvador Allende, c’est aussi notre Histoire…

 

Si un écrivain est assez fort pour ne pas sombrer dans la routine de n’importe quel métier, tout lui sert au moment d’écrire, c’est une opinion de notre prix Nobel de littérature Gabriel García Marquez, qui se considère avec plaisir avant tout comme un reporter ; «journaliste, avocat, professeur de lettres ou de philosophie, j’ai vu des choses pires comme métier pour un écrivain», nous a dit une fois le grand romancier.

 

A Censier, j’avais eu en littérature comparée une unité de valeur qui s’appellait « Le roman de formation » ou Bildungsroman –où nous avions étudié le Rouge et le Noire, de Stendhal, « Les désarrois de l’élève Torless » de Robert Musil, et le « Wilhem Meister de Goethe …

 

L’Italie, comme vous le savez, est très présente dans la vie et l’œuvre de Stendhal, et aussi dans celle de Goethe, c’est un peu l’appel du Sud –« notre cœur, comme nous l’avons constaté, tend vers le Sud », dit Freud dans une carte postale… l’appel de la lumière, de la musique, de l’art, de la cuisine italienne… du monde de l’antiquité….

« le coup de foudre de Stendhal pour l’Italie vient de la reconnaissance par lui du caractère spontanément romanesque du quotidien de l’italianité, dit le professeur Michel Crouzet dans la préface de la Chartreuse.

 

Je me souviens que j’avais acheté un coffret de l’opéra Rigoletto, de Verdi, chanté par Luciano Pavarotti, entre autres, et quand j’étais fatigué de lire j’écoutais du bel canto, je mettais les CD et j’étais, je me sentais, deux fois plutôt qu’une dans une Italie de rêve… Comme on le constate tous les jours nous ne possèdons pas d’autre moyen plus adéquat que la culture pour supporter les contradictions de notre monde… un concert, un film, un bal, une pièce de théâtre nous aident à supporter nos contradictions…

Alors que je rêvais de poésie et de musique j’étais obligé d’écrire sur le football…

 

Je lisais donc « La chartreuse » en Italie… et  quelques mois après, à la fin de ce même été, j’ai été amené à passer quelques jours avec ma famille et des amis italiens dans un village des Abruzzes, Santa Iona, celui-là même dont il est question dans la nouvelle « Los tejemanejes del Conde Mosca » ; un village au fond d’une vallée entourée de roches tendres…

 

Plusieurs remarques s ‘imposent sur le rôle que joue non pas le roman de Stendhal, mais sa lecture dans cette nouvelle qui est née, je l’avoue, des pages de ce cahier, cette sorte de journal, que j’essaye parfois de tenir -« prendre des notes ce n’est pas écrire », dit le narrateur de la nouvelle « Al filo de la escritura », de Gabriel Uribe Carreño-

On écrit partout des notes, moi surtout lorsque je suis en déplacement ; sortir de la routine quotidienne grâce à un voyage nous permet des vues inédites sur la façon dont nous réagissons ; alors si vous aimez écrire, la pratique de la notation journalière des choses qui nous font « tilter » au jour le jour peut vous amener à écrire, après, des œuvres de fiction bien agencées, sans trop gâcher les mystères … comme dit le philosophe Gilles Deleuze il ne s’agit pas de raconter ses souvenirs mais de prendre conscience d’un devenir…

 

Une autre fois je suis parti à Rome en train, et je voyageais en lisant le livre de Michel Butor, la Modificaction, qui raconte un voyage en train à Rome… on a recours à des trucages pour pouvoir lire !

 

L’histoire que je raconte dans cette nouvelle est imaginaire, cela ne s’est jamais passé, mais le cadre est un tant soit peu réaliste, car comme je l’ai dit, le point de départ était mon « journal d’écrivain ».

 

J’ai été injuste avec le personnage du Comte Mosca en appelant ma nouvelle « Les manigances du Comte Mosca », car dans le roman de Stendhal, il est plutôt un allié du héros, Fabrice del Dongo, mais c’est la puissance évocatrice de son nom -Mosca, Mouche- que je voulais utiliser, pour une raison simple : à Santa Iona, cet été quatre-vingt dix il y avait beaucoup de mouches, un insecte qu’on peut associer aux ordures, aux déchets, aux dépouilles, bref à ce qui se décompose, donc à la mort.


L’un d’entre vous, monsieur Frédéric Guinfolleau, me demandait pourquoi j’incluais des mots anglais dans la nouvelle –exemple « full moscas », et je lui réponds maintenant que c’est notre façon de parler, surtout sur la côte caraïbéenne colombienne, dans notre espèce de dialecte quotidien on utilise des mots venus du grand Nord… car nous avons une influence permanente des Etats Unis, ne serait-ce que parce que nous importons beaucoup de machines de là-bas, des automoviles, en passant par les armes, les avions, le cinéma… dans les rues de la côte nous pouvons dire « un man», pour un homme, « le switch » pour un interrupteur, « le swing », pour le rythme, mais chez moi on parlait aussi du « chiffonnier », du « nécessaire », du « buffet »… les côtes colombiennes sont ouvertes aux matelots…

 

Je me suis aperçu aussi que même si le narrateur, un homme d’une quarantaine d’annés, j’imagine, se présente comme un prof de literature, il n’avait pas encore lu le roman de Stendhal… cela est possible, tous les jours nous comblons nos lacunes, c’est plutôt salutaire, on a envie de contredire le célebre vers de Mallarmé, « la chair est triste, hélas, et j’ai lu tous les livres » je proposerai plutôt : « l’esprit incarné en nous est gai… ou primesautier (Montaigne) et il nous pousse à dévorer des livres »… nous cherchons tous quelque chose qui nous manque, et souvent nous pensons le trouver dans les livres.. d’ailleurs c’est le même Mallarmé qui dit :

 

LE LIVRE, INSTRUMENT SPIRITUEL!

 

Une proposition qui émane de moi – si, diversement, citée à mon éloge ou par blâme – je la revendique avec celles qui se presseront ici – sommaire veut, que tout, au monde, existe pour aboutir à un livre.

Je dirai qu’on écrit ou qu’on fait de l’art, de la musique, pour « symboliser », c’est à dire être en rapport avec quelque chose de plus grand, un mystère… « je vais dévoiler tous les mystères : mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant » (Rimbaud)

 

Une des choses les plus claires et nettes que j’ai apprises dans mes cours de littérature et d’analyse du discours narratif à la Fac, c’est qu’il ne faut pas confondre le narrateur et l’auteur…

 

La voix qui dit « je » n’est pas celle du citoyen-auteur, à moins qu’il ne s’agisse d’une autobiographie ou d’une confession…. Dans l’art de raconter il est vrai, néanmoins, que quand on dit « je »…« longtemps je me suis couché de bonne heure… » le lecteur se sent plus proche, il peut croire un peu plus, il s’imagine que cela est arrivé à l’auteur… moi je suis enclin à utiliser la première personne du singulier car j’aime bien la lecture des journaux, des carnets intimes, mon préféré étant celui de Kafka, un vrai laboratoire de la littérature contemporaine…

On fait semblant dans l’écriture que ces blocs de textes sans point à la ligne qui racontent des intrigues sont une chose qui va de soi, alors que l’on constate … l’éclatement du regard en notations désordonnées…

 

Dans mon travail d’écriture, je suis toujours confronté à ces problèmes, essayant de ne pas tricher, essayant de ne pas trop embellir ni maquiller, comme un peintre qui utilise les accidents dans l’application de la couleur : le lecteur peut avoir une impression de « désordre » ou de « dissolution de la forme en une succession nébuleuse et in structurée des états d’âme »… (ce sont des commentaires appliqués à la Chartreuse de Parme… ) j’aime cela, et récemment j’en ai eu la confirmation en voyant le travail d’une peintre colombienne, Vicky Neumann, qui habite à Montpellier et dont vous pouvez visiter son site web… sa peinture cherche les sujets, les thèmes, les histoires, après une gourmandise des couleurs, une rage chromatique, une énergie à l’oeuvre

 

Pourquoi donc la Chartreuse de Parme a été si présente au moment de l’écriture de « les manigances du comte Mosca » ? j’ai revisité un peu le roman pour savoir ce qui m’avait poussé à faire autant de références au moment de l’écriture de la nouvelle… mis à part le fait que j’étais en train de lire ce livre peu avant d’aller dans les Abruzzes… je me suis sans doute aperçu que Stendhal voulait dès le début brouiller les pistes, à commencer par le statut du narrateur, mais aussi les pistes spatio-temporelles… le narrateur me pose toujours problèmes, des problèmes très riches, cette histoire de la voix qui raconte –c’est James Joyce qui a mis au point dans l’Ulysse ce qu’on nomme le flux de la conscience, « the stream of consciousness »-- nous sommes tous le foyer d’une voix, des multiples voix qui s’amalgament, et qui commentent, qui s’interrogent, qui monologuent, qui échafaudent des plans.. nous laissons flotter notre conscience-voix… mais au moment de raconter il faut sans doute choisir un point de vue, à moins qu’on veuille s’attaquer à cette notion… et qu’on feint d’être omniscient… à moins aussi qu’on veuille feindre qu’on est Dieu qui voit tout… et qui est partout… les histoires peuvent être racontées dans une œuvre de plusieurs points de vue, et j’ai deux exemples contemporains, un film : « Rashomon », d’Akira Kurosawa, et «Tandis que j’agonise », le roman de William Faulkner…

 

J’avais en vue à ce moment -moins maintenant- le problème de savoir à quoi ça sert d’écrire, pour quoi ou pour qui on écrit, quel but on veut atteindre, quel rapport on entretient avec les gens qui n’écrivent pas –mais j’ai fait mien un soupçon de Sartre : tout le monde voudrait écrire, ou produire de l’art … car autrement tout va trop vite, et comme les cochons, nous sommes condamnés à deterrer des truffes avec nos groins- imaginais cette situation : l’écrivain, l’artiste, -malgré tout tourmenté car il réfléchit trop à ce qui ne va pas, mais il est capable aussi de nous faire croire, surtout les poètes, que tout n’est pas perdu, à jamais… cet écrivain se retrouve au milieu des gens dits normaux, profitant de leurs congés payés… quelle histoire !


-le but d’un écrivain étant toujours de se procurer du temps libre, des congés payés par les lecteurs, donc, du pain bénit, du pain sur la planche toujours, des projets, des scénarios à écrire, des films à jouer avec des amis, des pièces de théâtre… pouvoir faire ce qu’on aime.

 

Ici j’ai pensé à Nietzche qui dans Le Gai Savoir dit qu’on n’a pas réfléchi assez sur les répétitions dans nos vies quotidiennes, le fait d’avoir des horaires, de manger à des heures fixes etc.

 

Je me suis vu dans le rôle d’un écrivain, un soi-disant poète, qui ne s’est jamais soucié de  son fils, un être insensible à la beauté de la paternité, au fait d’être père, quelqu’un qui a laissé pousser son rejeton sans lui … c’est le fléau de l’absence du père (Platonov, de Tchékov)…  je me suis posé la question de savoir si les poèmes d’un tel homme pouvaient avoir un sens ou une quelconque utilité pour ce garçon ou cette fille abandonnés par son géniteur…


J’avais sans doute vu ça du coin de l’œil dans mon entourage. Le grand nouvelliste américain Raymond Carver dit qu’un conte, une nouvelle, peut sortir de ce coup d’œil, quelque chose qu’on aperçoit du coin de l’œil, j’ai donc inventé les personnages, j’ai inventé Pascualino, « l’anti-héros » de ma nouvelle, le fils du soi-disant poète… chacun de nous, en sortant de l’adolescence, est confronté à la suite : le devoir de choisir un rôle, un métier, des études, une vocation, un destin… le devoir de se démarquer de son père après avoir reçu son influence…

 

Stendhal met en question le concept de l’héroïsme autour de la figure de Fabrice del Dongo, qui admirait Napoléon et voulait jouer au héros au point de le rejoindre et d’aller à ... la bataille de Waterloo… cette défaite… les commentaires des spécialistes de Stendhal que j’ai trouvés confirment mes intuitions face à mon personnage, un jeune, peut-être de l’âge de Fabrice del Dongo, confronté à son destin… « le roman dépeint par nature un monde livré au hasard et à l’absurde » après Waterloo Fabrice, selon Julien Gracq, est devenu « un étrange retraité adolescent de la grandeur »… Pascualino comme Fabrice del Dongo témoigne « du même égarement de l’individu problématique dans le monde réel »…

 

Dans cette nouvelle on remarque aussi, comme me l’a signalé monsieur Guinfolleau, une réflexion constante sur le processus de l’écriture…. Cela peut être gênant pour un lecteur, quand on souhaite de l’action pure et simple… une affabulation totale… du vrai romanesque… (le génie poétique qui invente et imagine) et non pas des intrusions de l’auteur ni des analyses … Néanmoins le fait que le narrateur soit aussi un écrivain permettait un peu cela… couper les cheveux en quatre pour savoir comment on va procèder, comment on va avancer…

Je me suis aperçu de cette espèce de vice de fabrication après avoir écrit un roman -Los domingos de Charito- tributaire de cet excès de réflexion, dû sans doute à mes études littéraires en France… « le génie du soupçon, de l’incrédulité positive et analytique qui refuse le romanesque »

 

A cette époque, en gros les années 1980, quand je suis arrivé, la grand figure de ce milieu littéraire-universitaire-mondain, était Roland Barthes, un homme d’une culture classique, doué d’une grand intelligence et d’une grande finesse, et résolument moderne, qui avec d’autres intellectuels et professeurs, tel Gérard Genette, ou Zvetan Todorov, se demandaient toujours, en lisant un texte, comment se produit le sens que nous dégageons de lui…

 

J’ai assisté quelques samedis matins aux leçons, ouvertes à tous, de Roland Barthes au Collège de France… son séminaire avait un nom tout choisi, parfait, pour un jeune apprenti écrivain : « a préparation du roman », matériau qui a été enregistré et publié et qu’on peut trouver encore dans les librairies… « la préparation du roman », imaginez-vous ! bien sûr il ne s’agissait pas du tout de nous apprendre à préparer un roman comme qui prendrait des cours de cuisine… c’était autrement plus subtil, il y avait eu déjà le Nouveau Roman en France, et bien avant les vrais romans du XIX siècle (Stendhal, Flaubert, Balzac) sans parler de ces monuments du XX siècle : Kafka, Proust, Joyce… et je rajouterais Fernando Pessoa…


Tout en étant un théoricien, qui avait recours à la linguistique, à la philosophie, à l’histoire, à la sémiotique, Barthes avait plusieurs fois donné des signes sur ses tentations romanesques… il aurait voulu être un artiste, alors qu’il était un professeur et était donc victime de l’esprit de sérieux nécessaire à ce métier… du coup je me suis aperçu que le journalisme, que j’ai appris sur le tas, me permettait d’écrire sur des choses serieuses, et de voyager, mais me laissait assez libre pour me consacrer au délire… après avoir quitté le journal ou l’agence d’information…

 

Quand je relis donc cette nouvelle je vois toutes les influences, toutes les choses qui me traversaient l’esprit à cette époque… j’ai inclus un rêve qui vient de la réalité de mon journal, à l’époque je suivais une cure de langage pour essayer de faire parler ma psyché, mon âme enfouie, cela m’a appris à valoriser les rêves… raconter un rêve du protagoniste c’était essayer de faire rentrer le lecteur dans le tréfonds de son âme, l’histoire que j’allais raconter quelque temps après c’était la couture, de ce monde décousu j’allais faire un ouvrage…

 

Tout ce qui me tracassait alors… je parle aussi du peu de fiction qui avait généré le port de Barranquilla… cela m’a permis par la suite d’essayer de faire germer… faire pousser… des graines de fictions autour de la formation de la ville actuelle… histoires d’indiens, des noirs marrons, des danses… le mélange de croyances…

tout ce qui me nourrissait en partant de mon souci d’écrire, et aussi le fait de devoir justifier ma position en retrait par rapport à l’esprit du sérieux,  et « à la vraie vie » -je pensais, et je continue à le penser, que les voyages m’étaient nécessaires, que la musique, de la cumbia au rock, et de Beethoven au reggae- allait m’accompagner toujours, que la lecture de la poésie allait me délivrer chaque jour de la vérité et le réalisme objectif et cruel de la narration des faits divers… je pressentais que j’allais être toujours « amoureux de l’amour », que j’allais me poser des questions sur les liens entre les personnes, non seulement les liens familiaux, mais tout ce qui nous approche ou éloigne des autres…

 

Je remarque aussi que j’ai fait des allusions à la lecture des journaux, j’ai travaillé dans des journaux… chaque jour, cela nourrit notre imagination, ces espèces de livres sacrés, car ils parlent de nos vies – quoi de plus sacré que la vie, non seulement la mienne mais celle des autres  ?  de la guerre, proche et lointaine, de la paix qu’on cherche ou qu’on vient de signer, de la bourse et la santé, des croyances et du manque de croyances… ce sont des livres sacrés, mais jetables... Alors ? quel effet ça nous fait ?


Dans ce flux de mots, d’images, qui nous parviennent au jour le jour nous cherchons nos propre mots, nos propres images… nous cherchons parfois aussi le silence, la contemplation… nous nous éloignons donc… on arrête d’avoir la grosse tête pensante et on marche, on se déplace, on va voir des gens ailleurs…. On travaille avec nos mains…

 

Nous cherchons l’Autre, les autres… j’ai eu un aperçu de ce que travailler ensemble veut dire à chaque fois que j’ai pu faire du théâtre, de la danse….un peu de cinéma… on n’est pas seuls, on recourt à des comédiens, à des musiciens, tout cela nous aide à vivre… sans oublier le sort mystérieux, les rencontres fortuites, les choses qui nous arrivent sans que notre volonté intervienne… Ce sont toujours des sujets, des raisons pour nous mettre à écrire… à raconter ce qu’on appris…

« multiples sont les formes sous lesquelles se manifeste la divinité (l’esprit créatif) multiples les actes imprévus qu’accomplissent les dieux… Ce que l’on attendait ne se réalise pas, et pour l’inattendu un dieu trouve une voie… telle est la fin de cette action… » (Les bacchantes, Euripide)

 

Paris-Angers, le 2 avril 2008

Publié dans CRITICA LITERARIA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article